En effet, le 13 mai 2019, le gouvernement fédéral dévoilait sa stratégie de recrutement et de rétention d’enseignants pour les écoles de langue française en situation minoritaire, une stratégie visant à contrer la pénurie d’enseignants. À bien des égards, c’est une initiative louable en faveur des systèmes scolaires de langue française. Pour nous, enseignants immigrants, c’est une initiative qui vient approfondir la réflexion sur les difficultés d’accès aux postes d’enseignant pour les immigrants, précisément les enseignants africains, car même si le taux de chômage a été considérablement réduit chez les enseignants francophones en général depuis 2016 (voir les statistiques publiées dans le rapport annuel 2016 de l’Ordre des enseignantes et enseignants de l’Ontario), ces derniers éprouvent encore des difficultés à obtenir des stages et à intégrer la profession, en comparaison de leurs collègues nés au Canada ou ayant immigré de pays européens.

Qui est donc compté lorsqu’on évalue la pénurie des enseignants francophones?
Précisément dans le contexte de l’Ontario où la majorité des étudiants des facultés d’éducation, (notamment celles de l’Université Laurentienne et l’Université d’Ottawa dont les programmes de baccalauréat en éducation jouissent d’une grande popularité) sont issus de l’immigration, ne devrait-on pas avoir accès à des données plus précises permettant d’indiquer le taux d’emploi chez ces derniers une fois leur diplôme obtenu?
Cela rend évident la question suivante:
Qui compte? (ou peut-être Qui doit devrait compter?)
Avec les nombreux organismes qui entourent et régissent la profession enseignante en Ontario, à l’instar de l’Ordre des enseignantes et enseignants de l’Ontario, l’Association des enseignants franco-ontariens, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Formation professionnelle , l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne, pour ne citer que ceux-là, l’on se serait attendu à retrouver plus facilement les données concernant la formation et le taux d’emploi chez les enseignants immigrants africains. Ce n’est malheureusement pas le cas, et ceci constitue un handicap pour de nombreux organismes qui ont besoin de s’appuyer sur des données claires pour construire leurs programmes de soutien aux enseignants issus de l’immigration et mieux aiguiller leurs interventions. La jeunesse de ces organismes, avec tous les défis que cela comporte au niveau de l’accès aux financements pour procéder à des collectes de données, les oblige à s’appuyer sur des organismes plus établis pour obtenir des statistiques.

